Le Ministère de l'écologie a publié un projet d'arrêté relatif à l'encadrement de la pêche de civelles par les pêcheurs professionnels pour la campagne 2020-2021, en consultation publique depuis le 22 septembre et jusqu'au 13 octobre 2020.
L'anguille européenne (Anguilla anguilla) vit environ une dizaine d'années en eau douce où elle va passer successivement du stade juvénile (civelle = anguille de moins de 12 cm) au stade d'anguille jaune jusqu'au stade d'anguille argentée (stade reproducteur) qui se lancera dans la traversée de l'Océan Atlantique pour aller se reproduire dans la mer des Sargasses. Après reproduction les adultes meurent et les civelles regagnent l'Europe après une traversée de plusieurs mois en suivant le cours du Gulf Stream.
Encore abondante il y a 50 ans, le nombre de civelles s'effondre depuis 1965 en Europe. La faute à l'effet combiné du braconnage, de la surpêche, de la pollution, de la construction de barrages infranchissables, de la destruction de son habitat en zone humide ou encore du réchauffement climatique qui modifie les courants marins et notamment le Gulf Stream ce qui influe sur le nombre de civelles arrivant de la mer des Sargasses en Europe.
L'anguille européenne est classée en danger critique d'extinction par l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) et l'espèce fait l'objet d'un plan européen de sauvegarde depuis 2007. Par ailleurs, elle fait partie de la liste rouge des espèces menacées d'extinction en France.
2 quotas de pêche
Il existe 2 types de quotas différents censés encadrer la pêche professionnelle maritime (en estuaire) et en eau douce des civelles : un quota de pêche de civelles destinées à la consommation humaine et un quota de pêche de civelles destinées au repeuplement, c'est-à-dire au transfert de civelles pour des alevinages en Europe.
Il est envisagé de fixer le quota de pêche de civelles destinées à la consommation humaine à 23 tonnes, soit une réduction de 11,5 % par rapport à celui fixé pour la campagne 2019-2020, alors que le quota de pêche de civelles destinées au repeuplement fixé à 34,5 tonnes.
Des mesures qui posent question
De telles mesures interrogent sur l'intérêt qu'il y a de continuer à autoriser le prélèvement légal d'une espèce menacée d'extinction et faisant l'objet de mesures de protection à l'échelle européenne.
Il entrerait en vigueur le 1er novembre 2020 mais vous pouvez donner votre avis sur cet arrêté en consultation publique depuis le 22 septembre 2020 et jusqu'au 13 octobre 2020 inclus en suivant le lien ci-dessous :
Anguille femelle, au stade argenté, attendant une crue d’automne du Frémur, en Bretagne, pour quitter la rivière où elle a grandi pendant une dizaine d’années et entreprendre sa migration de reproduction marine. Eric Feunteun
Ce n’est pas un pavé dans la mare, plutôt un caillou dans l’océan. Pourtant l’article que publie, mardi 6 octobre, dans la revue Scientific Reports, une équipe franco-japonaise pourrait déclencher un tsunami chez les biologistes marins, et plus largement chez les amateurs de mystères irrésolus de la nature. Quatre chercheurs proposent en effet de déplacer la zone principale de ponte des anguilles européennes et américaines de quelque 2 000 km. Le grand public n’y verra sans doute que broutilles de spécialistes. En réalité, cette affirmation est tout à la fois révolutionnaire et iconoclaste, remettant en question un postulat établi depuis un siècle par le père de la discipline, l’homme qui avait résolu une interrogation millénaire.
Depuis Aristote et Pline l’ancien, les savants s’interrogent sur le mode de reproduction des anguilles. Elles vivent en rivière, puis un jour – après cinq à quarante ans d’existence –, elles dévalent vers la mer et disparaissent jusqu’à ce que, des mois plus tard, des civelles, ces formes juvéniles du poisson, regagnent les côtes. Que se passe-t-il entre-temps ?
En 1912, après des années de campagnes, le Danois Johannes Schmidt découvrait des œufs et des larves dans la mer des Sargasses, près des Bermudes, à des milliers de kilomètres des côtes européennes. Les années passant, la science confirmera que les larves de la mer tropicale et les poissons de nos rivières relèvent bien de la même espèce. Elle lèvera le voile sur le cycle de vie de l’animal, ses métamorphoses, son incroyable résistance et ses capacités de nage hors du commun. Elle vérifiera qu’il peut s’orienter en suivant des odeurs, la lumière, ou le champ magnétique terrestre, laissant entrevoir la façon dont il pourrait atteindre sa zone de ponte. Mais jamais on ne retrouvera d’anguille adulte dans les fameuses Sargasses. Des scientifiques ont même équipé de balises plus de 700 anguilles prêtes à se reproduire et les ont relâchées sur toute la côte européenne. Aucune n’a dépassé les Açores.